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07.06.2008

Sisi, mon fils idolâtré

(...) Cecilio Rubes se racla la gorge. Dans sa poitrine grandissait un sentiment fier et orgueilleux de responsabilité. Il se racla la gorge de nouveau.
- Bien, dit-il enfin. Je crois que les choses ont un peu changé depuis hier, chérie. Bon... Enfin, aujourd’hui il y a dans la mai-son quelque chose qui n’y était pas il y a deux jours et qui, tout d’un coup, est ici entre nous et...
- Tu te réfères à l’enfant, Cecil?
Rubes fronça les sourcils en disant:
- Bon, oui. Je me réfère à Cecilio Alejandro Nicolás, c’est ça, chérie. Lui, maintenant... Bon, Cecilio Alejandro est maintenant ce qu’il y a de plus important. Bien; c’est ça... Le plus important. Je crois qu’avec ça tout est dit. Bon... Naturellement tu feras savoir à Mercedes et à Cristina que dans cette maison c’est amintenant le soin de Cecicilio Alejandro Nicolás qui prévaut...
Adela fit une grimace:
- Mon Dieu, Cecil, n’appelle pas de cette façon si guindée cette créature! On dirait que notre fils est déjà un voyageur de commerce moustachu!
Cecilio Rubes caressa la main pâle de sa femme. La main d’Adela était un membre bien formé et soigné, mais cruellement indolent et inexpressif. Il dit:
- Bien, chérie, maintenant c’est ce qui compte le moins. Ca n’a pas d’importance que ce soit Cecilio ou Cecilio Alejandro Ni-colás. Cela peut avoir de l’importance pour un père présomptueux, mais pas pour moi. Bon. Ce que je dis c’est que les domestiques doivent être informés que l’enfant dans cette maison est maintenant prioritaire. Bien. J’ai aussi pensé... Enfin... j’ai pensé à la nécessité de prendre une nourrice pour que mon fils soit toujours servi comme il se doit...
Le ronron du berceau entamait les nerfs d’Adela. Bien qu’elle assurât ne se souvenir de rien, ses nerfs étaient écorchés à vif depuis l’évènement. La manière personnelle d’aborder les sujets qu’avait son mari l’irritait. Fraîchement mariés, Cecilio Rubes parlait déjà de “ma maison” et de “ma situation”. Adela avait toujours cru que se marier c’était “partager” et l’autonomie qui découlait des déclarations de son conjoint l’exaspéraient. Avec le temps elle s’habitua à cela à peine attachait-elle de l’importance que Cecilio dise: “Je vais vendre ce tapis et le remplacer...” Ou bien: “Ma salle à manger ne me plait pas; ces meubles sont grands et présomptueux”. L’évènement avait aiguisé sa sensibilité. L’évènement et le fait que son père - le fonctionnaire Martínez - ne put lire la flatteuse annonce des “Échos de société”. (...)
Miguel Délibes
Traduit par José Maria Fernandez

Sisí, mon fils idolâtré, nous raconte la vie de Cecilio Rubes, un fabricant de baignoires quadragénaire, superficiel et égoïste. Il n’a pas d’amis, n’aime pas réellement sa femme et ne se rappelle de Dieu que dans les pires moments. Au moment d’éduquer son fils, il ne sera guidé que par le désir qu’il “soit heureux”. Peu lui importe qu’il fréquente les bas fonds ni qu’il délaisse ses études. Et la discipline avec laquelle les Sendín - prototype de la classe moyenne conservatrice et contrepoint de la propre famille de Cecilio - éduquent leurs fils, lui parait comique et superflue. Mais sa négligeance recevra son châtiment en révélant l’immense absurdité de sa vie. Authentique satire morale, le roman réunit toutes les qualités narratives de Delibes: sa justesse dans le traitement des personnages; son langage riche et précis; sa maîtrise pour recréer des situations et des évènements de la vie espagnole; l’ampleur de ses registre et leur intensité. Considéré comme un des meilleurs romans de Miguel Delibes, Mi idolatrado hijo Sisí a été porté au cinéma sous le titre : Retrato de familia, portrait de famille.

Miguel Delibes est né à Valladolid en 1920. Il a obtenu le prix Nadal en 1947 avec La sombra del cíprés es alargada. On peut se procurer l'essentiel de son oeuvre publiée en France aux Editions VERDIER

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