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31.05.2008

Sisi, mon fils idolâtré

(..) - Ton fils, ton fils. As-tu pensé, Cecilio, à la difficulté d’avoir “ton fils” sans mon aide?
Cecilio Rubes cessa de balancer le berceau.
- Bien, petite. Es-tu bête? Tu comprendras. Bon... Je confesse que j’ai une manière de m’exprimer un peu vague. C’est tout. Bien... “Notre fils” doit avoir quelqu’un qui s’occupe de ses soins, c’est cela que je veux dire...
Subitement un besoin véhément d’avoir une nurse se réveil-la chez Adela. Son imagination parcourait de manière débridée toutes les possibilités d’habillement: un flamboyant col amidonné, une coiffe de dentelle et un énorme, fantastique ruban derrière. La nurse du fils des Rubes serait l’admiration de la ville.
Cecilio Rubes se dressa, étira sa veste et dit:
- Chérie, je m’en vais, il se fait tard.
Il lui donna une petite tape affectueuse. Adela dit:
- N’oublie pas la nurse, Cecil. Il est certain que notre fils a besoin d’une nurse.

Cecilio Rubes n’était pas sorti dans la rue depuis la nais-sance de son fils. L’évènement paraissait avoir transformé la structure de la ville et même le printemps paraissait, maintenant, plus chaud et lumineux. Il lui semblait que tout le monde le regardait en le croisant et se donnait des coups de coude et commentait l’importance que l’apparition d’un nouveau Rubes apportait à la cité. Cecilio Rubes avançait imbu de lui-même, frappant la chaus-sée, à chaque pas, rythmiquement, avec l’embout de sa canne. “Bien, pensa-t-il. Je ne veux pas imaginer ce que sera mon entrée dans l’Établissement.” Il souriait vaguement. Il rencontra l’épicier du coin:
- Félicitations, monsieur Rubes. (...)
Miguel Delibes

Sisí, mon fils idolâtré, nous raconte la vie de Cecilio Rubes, un fabricant de baignoires quadragénaire, superficiel et égoïste. Il n’a pas d’amis, n’aime pas réellement sa femme et ne se rappelle de Dieu que dans les pires moments. Au moment d’éduquer son fils, il ne sera guidé que par le désir qu’il “soit heureux”. Peu lui importe qu’il fréquente les bas fonds ni qu’il délaisse ses études. Et la dis-cipline avec laquelle les Sendín - prototype de la classe moyenne conservatrice et contrepoint de la propre famille de Cecilio - éduquent leurs fils, lui parait comique et superflue. Mais sa négligeance recevra son châtiment en révélant l’immense absurdité de sa vie. Authentique satire morale, le roman réunit toutes les qualités narratives de Delibes: sa justesse dans le traitement des personnages; son langage riche et précis; sa maîtrise pour recréer des situations et des évènements de la vie espagnole; l’ampleur de ses registre et leur intensité. Considéré comme un des meilleurs romans de Miguel Delibes, Mi idolatrado hijo Sisí a été porté au cinéma sous le titre : Retrato de familia, portrait de famille.

Miguel Delibes est né à Valladolid en 1920. Il a obtenu le prix Nadal en 1947 avec La sombra del cíprés es alargada.
En France, son principal éditeur est VERDIER

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